La digestion : le roman policier qui se joue dans votre ventre
- il y a 7 heures
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Vous pensez croquer un simple muffin ? En réalité, votre corps orchestre un meurtre parfait grâce à une mécanique métabolique de 72 heures dont vous ne soupçonnez pas la sophistication.
Votre corps expliqué #1

En consultation, je prends le temps d'expliquer le pourquoi du comment. Comprendre son corps, c’est déjà reprendre la main sur sa santé.
Mais tout le monde n’a pas toujours l’occasion de poser ses questions ou n’ose pas le faire.
Alors j'ai eu envie de créer cette nouvelle série : vous raconter votre corps de l'intérieur. Il est fascinant et mérite qu'on le comprenne !
Pour ouvrir le bal, j'ai choisi la digestion.
Entrons dans les coulisses de ce processus fondamental et pourtant si mystérieux. Une exploration qui a exigé le sacrifice d'un muffin. Pas d'inquiétude, je vous explique tout.
La terrible affaire du muffin
Plantons le décor. Sur la scène du crime, un muffin au chocolat, la victime du jour. Dans le rôle du coupable ? Votre organisme, aussi méthodique qu'impitoyable.
Le crime commence dès le premier regard. Votre cerveau repère les formes, l'arôme monte, la salive afflue.
Ce n'est pas de la gourmandise, c'est votre corps qui se prépare à digérer avant même la première bouchée.
Puis vient la morsure.
C’est ainsi que débute un incroyable fait divers biologique, une enquête interne qui ne trouvera un dénouement qu’au bout de 24 à 72 heures. Accrochez-vous... et pas de pitié pour votre muffin !

Acte I : la bouche
Tout commence ici. Les dents broient, coupent, écrasent. Pendant ce temps, la salive et son amylase salivaire, une enzyme, s'attaquent aux glucides. Autrement dit, votre muffin commence à être digéré avant même d'arriver à l'estomac.
La langue rassemble le tout, façonne une boulette compacte, le bol alimentaire, puis la propulse vers l'œsophage.
Une petite glissade de 30 cm orchestrée par les contractions péristaltiques, et hop…
Acte II : l'estomac
Une porte s'ouvre. Le bol alimentaire plonge dans un bain d'acide chlorhydrique. Le cardia (un sphincter vigilant) se referme aussitôt. Plus aucun retour possible.
L'estomac entre en scène. Il brasse, malaxe, écrase. Il sécrète de la pepsine, une enzyme spécialisée dans la découpe des protéines. En 2 à 4 heures, notre joli muffin n'est plus qu'une bouillie crémeuse : le chyme.
En bas de l'estomac, le pylore veille, petit videur sélectif, il ne laisse passer que des minuscules portions à la fois. Un repas gras ? Il retient plus longtemps. Patient, méticuleux... quasi maniaque.
Acte III : l'intestin grêle
C'est ici que les choses se corsent. Nouveau lieu, nouveaux protagonistes. L'intestin grêle, six à sept mètres de couloirs sinueux, pelotonné dans votre ventre avec une grâce insoupçonnée.
Dès que le chyme arrive, deux nouveaux complices entrent en scène :
Le suc pancréatique, qui neutralise l'acidité et déploie un arsenal d'enzymes capables de dégrader glucides, lipides et protéines jusqu'à leurs plus petites unités.
La bile, fabriquée par le foie, qui émulsionne les graisses comme un détergent, les rendant assimilables.
Une fois réduits à l'essentiel, les nutriments traversent la muqueuse intestinale, tapissée de petites villosités avides.
Ils rejoignent alors le sang, direction le foie, chef logisticien qui trie, transforme et distribue aux quatre coins du corps. Les graisses, elles, empruntent un autre chemin, celui de la voie lymphatique, plus lente.
Plus grand qu'un studio parisien
Si on dépliait toutes les villosités et microvillosités de votre intestin grêle, on obtiendrait une surface totale d’environ 30 à 35 m². On est loin du fameux terrain de tennis de 400 m² avancé par d’anciennes études, mais cela reste remarquable.
Acte IV : le côlon
Le grand final se joue dans le côlon. Les contractions ralentissent, et une armée de milliards de bactéries entre en scène.
C'est votre microbiote intestinal qui s'active sur les fibres que personne n'a pu digérer avant lui. Il produit alors des acides gras à chaîne courte (dont le précieux butyrate) qui nourrissent vos cellules intestinales, régulent l'inflammation et influencent même votre humeur.
Pendant ce temps, l'eau et les minéraux sont réabsorbés. Les résidus, les cellules mortes et une partie des bactéries forment les matières fécales, stockées dans le rectum en attendant leur grand départ.
Votre muffin n’est plus. Le crime est parfait. Durée totale du délit digestif : 24 à 72 heures, selon les individus.
🎯 Pour l'Épicurienne pressée
La digestion, c'est un crime parfait en 4 étapes : bouche → estomac → intestin grêle → côlon.
Bouche : broyage mécanique + amylase salivaire sur les glucides
Estomac : bain acide + pepsine sur les protéines → le chyme
Intestin grêle : bile + suc pancréatique + absorption des nutriments
Côlon : microbiote, fermentation des fibres, réabsorption de l'eau
Durée totale : 24 à 72 heures. Votre corps ne chôme jamais !
Cette enquête vous a-t-elle surprise mes chères Épicuriennes ? Qu'est-ce qui vous a le plus étonné dans ce fait divers qui se joue chaque jour dans votre ventre ? Partagez en commentaires, j'adore vous lire !
Votre complice du bien-être pétillant ✨
📚 FAQ : La digestion, vos questions les plus fréquentes
❓ Pourquoi ai-je des ballonnements après les légumineuses ?
Les légumineuses contiennent des fibres fermentescibles que votre intestin grêle ne peut pas dégrader. Elles arrivent donc quasi intactes dans le côlon, où les bactéries s'en régalent… et produisent des gaz en les fermentant. Résultat : ballonnements, gargouillis, parfois un peu d’inconfort. Rien d’anormal : c’est simplement votre microbiote qui fait son travail avec enthousiasme.
❓ Pourquoi je me sens si lourde après certains repas ?
Plusieurs suspects peuvent être mis en cause : un repas trop copieux, trop riche en graisses (la vidange gastrique ralentit), ou avalé trop vite. Dans tous les cas, l'estomac doit travailler plus longtemps — et il vous le fait sentir. La mastication joue aussi un rôle clé… mais ça c’est le sujet d'un prochain article !
❓ Mon microbiote peut-il vraiment influencer mon humeur ?
Oui ! Près de 90 % de votre sérotonine est produite dans vos intestins. Le nerf vague sert d’autoroute entre votre ventre et votre tête, transmettant en temps réel l'état de votre microbiote à votre système nerveux. C’est ainsi qu’un microbiote appauvri impacte votre moral. Le ventre pense, ressent, influence. On en parle bientôt dans un prochain épisode de la série !


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